Consultant en portage salarial travaillant sur ordinateur dans espace coworking lumineux
Publié le 13 février 2026

Facturer plus de 77 700 € par an sans plafond. Garder vos droits au chômage. Obtenir un bulletin de salaire pour votre banquier. Ces trois promesses semblent contradictoires pour un indépendant. Elles ne le sont pas en portage salarial. Mais attention : ce statut hybride n’est pas adapté à tout le monde. Soyons clairs dès maintenant sur ce qu’il permet vraiment — et ce qu’il coûte.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Les montants, seuils et conditions mentionnés sont indicatifs et peuvent varier selon votre situation et les évolutions réglementaires.

L’essentiel du portage salarial en 4 points

  • Statut hybride : vous êtes salarié d’une société de portage tout en travaillant comme indépendant pour vos clients
  • Protection complète : chômage, retraite, maladie, mutuelle — comme un CDI classique
  • Coût réel : comptez environ 45-55% du CA facturé en net après frais et charges
  • Conditions : Bac+2 ou 3 ans d’expérience, prestations intellectuelles uniquement

Portage salarial : le principe en 2 minutes

J’accompagne régulièrement des consultants qui hésitent entre créer leur structure et opter pour le portage. La question revient toujours : « Mais concrètement, c’est quoi ? » Je leur réponds avec une image simple. Vous trouvez vos clients, vous négociez vos tarifs, vous réalisez vos missions. Jusque-là, vous êtes indépendant. La différence ? Une société de portage se place entre vous et votre client. Elle facture à votre place, encaisse, puis vous reverse un salaire.

Cette relation tripartite change tout. Vous signez un contrat de travail avec la société de portage — CDI ou CDD selon les cas. Pour approfondir le mécanisme complet, consultez les ressources sur le portage salarial qui détaillent chaque étape. Votre client signe un contrat de prestation avec cette même société. Résultat : vous êtes juridiquement salarié, avec toutes les protections associées, tout en conservant votre autonomie commerciale.

Ce que cela change concrètement : Vous cotisez à l’assurance chômage, à la retraite du régime général, vous bénéficiez d’une mutuelle d’entreprise et d’une responsabilité civile professionnelle incluse. Votre banquier voit un bulletin de paie, pas une déclaration de micro-entrepreneur.

Franchement, le portage ne fait pas de miracle. Il transforme votre chiffre d’affaires en salaire — avec tout ce que cela implique de cotisations sociales. Mais pour certains profils, cette transformation vaut le coût.

Portage, micro-entreprise ou SASU : le vrai comparatif

L’erreur classique que je vois ? Comparer ces statuts uniquement sur les charges sociales. C’est passer à côté de l’essentiel. Chaque structure répond à des besoins différents. Voici un récapitulatif sur six critères que les articles généralistes ignorent souvent.

Portage vs micro vs SASU : le comparatif décisif
Critère Portage salarial Micro-entreprise SASU
Plafond CA Aucun 77 700 €/an (services) Aucun
Protection sociale Complète (chômage inclus) Minimale (pas de chômage) Complète si rémunération
Complexité admin Très faible Faible Élevée
Accès crédit bancaire Facilité (bulletin de paie) Difficile Variable
Charges sociales ≈ 45-50% du brut 22% du CA ≈ 45% + charges patronales
Idéal si… TJM > 300 €, besoin sécurité CA < 77 700 €, charges mini Projet long terme, investissements
Comparer les statuts : une décision qui mérite réflexion



La micro-entreprise : simple mais plafonnée

Le régime micro séduit par sa légèreté. Charges à 22% du CA pour les prestations de services, déclaration simplifiée, pas de comptabilité. La fiscalité de l’entreprise individuelle reste accessible même sans comptable. Le problème ? Deux limites majeures.

Première limite : le plafond de 77 700 annuels pour les prestations de services, selon les seuils officiels de la DGFiP. Dépassez-le deux années consécutives, vous basculez automatiquement vers le régime réel. Seconde limite : aucune protection chômage. Si vos missions s’arrêtent, vous n’avez pas de filet.

La SASU : liberté totale, complexité totale

La SASU offre une flexibilité maximale. Pas de plafond, statut de dirigeant assimilé salarié, possibilité de vous verser des dividendes. Mais la contrepartie est lourde : comptabilité obligatoire, assemblées générales, dépôt des comptes, expert-comptable quasi indispensable.

Dans les profils que j’accompagne, la SASU convient à ceux qui facturent déjà plus de 100 000 € par an et veulent optimiser entre salaire et dividendes. En dessous, la charge administrative ne se justifie pas.

Le portage salarial : le compromis protection/simplicité

Le portage se positionne entre les deux. Pas de plafond comme en SASU. Protection sociale complète comme un salarié. Mais zéro comptabilité à gérer — la société de portage s’occupe de tout. Le prix de ce confort ? Les frais de gestion, généralement entre 5% et 10% du CA facturé selon les sociétés.

Quel statut vous correspond ?

  • Votre TJM est inférieur à 250 € :
    La micro-entreprise reste plus avantageuse. Les charges allégées compensent l’absence de protection chômage.
  • Votre TJM se situe entre 250 € et 400 € et la protection sociale compte pour vous :
    Le portage salarial offre l’équilibre optimal. Vous conservez assez de net tout en sécurisant votre famille.
  • Votre TJM dépasse 400 € et vous voulez une autonomie totale :
    La SASU permet d’optimiser entre salaire et dividendes. Prévoyez un expert-comptable.
  • Vous dépassez 77 700 €/an et tenez à la protection chômage :
    Le portage salarial devient quasi incontournable. Aucun autre statut simple n’offre cette combinaison.

Combien vous reste-t-il vraiment en net ?

« 50% du CA en net. » Cette promesse circule partout. Elle est approximative — et souvent optimiste.

Le calcul du net : une étape décisive avant de se lancer



45-55%

du CA facturé reste en salaire net — selon votre optimisation

Concrètement, sur le terrain, voici comment se décompose votre chiffre d’affaires. Les frais de gestion prélèvent d’abord 5% à 10%. Restent environ 90-95%. Sur cette base, les cotisations sociales patronales et salariales représentent une part comparable à celles d’un salarié classique — autour de 45% du brut. Au final, vous conservez entre 45% et 55% de votre CA initial.

Dans les dossiers que j’ai pu analyser, l’erreur la plus fréquente reste la confusion entre le pourcentage brut annoncé et la réalité comptable. Sur les profils accompagnés, l’écart constaté tourne autour de 10 à 15 points quand les frais professionnels ne sont pas optimisés. Ce constat vaut surtout pour les consultants qui démarrent sans accompagnement préalable.

La bonne nouvelle ? Vous pouvez améliorer ce ratio. Les frais professionnels (déplacements, matériel, formations) viennent en déduction avant calcul des cotisations. Certaines sociétés de portage proposent aussi des dispositifs d’épargne salariale défiscalisés.

La règle de calcul rapide : TJM × jours travaillés × 0,5 = estimation du salaire net mensuel. Avec un TJM de 500 € et 18 jours facturés, comptez environ 4 500 € net. Cette formule reste approximative — elle sert à vérifier si le portage vous convient financièrement avant d’aller plus loin.

Un point rarement mentionné : conformément à l’avenant n° 12 de la convention collective, le salaire minimal d’un salarié porté junior correspond à 70% du plafond mensuel de la Sécurité sociale. D’après Service-Public.fr, ce plafond s’élève à 4 005 € en 2026. Le minimum garanti atteint donc environ 2 800 € brut mensuel — ce qui exclut de fait les TJM trop bas.

Êtes-vous fait pour le portage ? Les vrais critères

Je ne vais pas vous mentir : le portage ne convient pas à tout le monde. Avant de signer, posez-vous ces questions.

Les conditions pour que le portage ait du sens



  • Votre TJM dépasse 300 € (sinon les frais grignotent trop votre marge)


  • Vous exercez une activité de prestation intellectuelle (conseil, formation, IT, expertise)


  • Vous avez un Bac+2 ou au moins 3 ans d’expérience dans votre domaine


  • La protection sociale (chômage, retraite) compte vraiment pour vous ou votre famille


  • Vous avez des missions identifiées ou une capacité de prospection active

Quand le portage n’est pas fait pour vous : Activités d’achat-revente, services à la personne, professions réglementées (avocats, médecins) — le portage les exclut par définition. Idem si votre TJM reste sous 250 € : les charges fixes vous laissent trop peu de marge pour que ce soit rentable.

Cas concret : Nathalie, 47 ans, ex-DRH en reconversion

J’ai accompagné Nathalie l’année dernière. Son cas m’a marqué parce qu’il illustre bien les hésitations classiques. Ancienne DRH, elle se lançait comme coach RH avec un TJM de 450 €. Son dilemme ? Elle touchait encore des allocations chômage et craignait de les perdre en optant pour le portage.

La friction dans son dossier : une confusion sur le cumul ARE et revenus de portage. Après vérification avec France Travail, elle a pu démarrer en CDI portage tout en conservant un maintien partiel de ses allocations pendant ses 6 premiers mois de lancement. Aujourd’hui, elle facture régulièrement et n’a plus besoin de l’ARE.

Un détail que les sociétés de portage ne disent pas toujours : entre deux missions, si vous ne générez pas de chiffre d’affaires, vous ne touchez pas de salaire. La société de portage n’a aucune obligation de vous rémunérer sans facturation. Aux termes du Code du travail, la garantie financière couvre le paiement des salaires dus — pas des salaires fictifs.

Vos questions sur le portage salarial

Voici les interrogations qui reviennent le plus souvent dans les accompagnements que je réalise.

Puis-je cumuler portage salarial et allocation chômage (ARE) ?

Oui, sous conditions. Vos allocations sont réduites proportionnellement à vos revenus de portage (système du cumul partiel). Vous conservez ainsi une partie de l’ARE tant que vous n’avez pas épuisé vos droits ou atteint un revenu suffisant. Contactez France Travail pour une simulation personnalisée.

Que se passe-t-il entre deux missions ?

Pas de facturation, pas de salaire. C’est la règle. En revanche, si vous êtes en CDI portage et que l’intermission se prolonge, vous pouvez potentiellement bénéficier du chômage partiel dans certains cas — mais c’est rare et soumis à conditions strictes. Prévoyez toujours une trésorerie de sécurité.

Le portage salarial facilite-t-il l’obtention d’un crédit immobilier ?

Nettement plus qu’en micro-entreprise. Les banques voient un CDI et des bulletins de paie réguliers. Ça rassure. J’ai vu des dossiers aboutir en portage là où ils bloquaient en freelance pur. Astuce : privilégiez un CDI portage plutôt qu’un CDD pour maximiser vos chances.

Quelle différence entre CDD et CDI en portage ?

Le CDD est lié à une mission spécifique avec une date de fin. Le CDI vous permet d’enchaîner plusieurs missions avec le même employeur (la société de portage). Pour la banque et la retraite, le CDI reste préférable. Pour la société de portage, c’est souvent équivalent en termes de gestion.

Puis-je facturer des formations en portage salarial ?

Oui, à condition que votre société de portage dispose d’un numéro de déclaration d’activité de formation (NDA). Vérifiez ce point avant de signer. Certaines sociétés l’ont, d’autres non. Cela vous permet de facturer des organismes et de faire financer vos prestations par les OPCO.

Si vous décidez finalement de créer votre propre structure plutôt que d’opter pour le portage, gardez en tête que les formalités incluent notamment la publication de votre annonce légale — une étape obligatoire pour toute création de société.


  • Premier contact avec une société de portage

  • Simulation de salaire personnalisée

  • Signature de la convention d’adhésion

  • Contrat de travail signé, démarrage mission possible

Et maintenant ?

La vraie question à vous poser : est-ce que la protection sociale justifie les frais de gestion dans votre situation ? Si votre TJM dépasse 300 €, si vous avez besoin d’un filet de sécurité pour votre famille, si vous visez un crédit immobilier à court terme — le portage mérite sérieusement d’être considéré.

Mon conseil pour la suite : demandez une simulation à deux ou trois sociétés de portage différentes. Comparez les frais de gestion, mais aussi les services inclus (comptabilité, accompagnement, formations). Les écarts peuvent justifier une différence de 2-3 points de commission.

Précisions sur les calculs et conditions 2026

  • Les simulations de salaire net sont indicatives et dépendent des frais de gestion de chaque société de portage
  • Les conditions d’éligibilité peuvent varier selon les sociétés de portage
  • La convention collective du portage salarial évolue régulièrement (dernière mise à jour : avenant n° 12 du 20 décembre 2022)

Pour une analyse personnalisée de votre situation, consultez un expert-comptable ou un conseiller en création d’entreprise.

Rédigé par Durand Léa, experte-comptable diplômée exerçant en cabinet indépendant depuis 2014. Elle accompagne régulièrement des freelances et consultants dans leurs choix de statuts juridiques, notamment vers le portage salarial. Son expertise porte sur l'optimisation fiscale et sociale des travailleurs indépendants. Elle intervient en formation auprès de réseaux de consultants sur les comparatifs statuts.